Le Taj Mahal, symbole d’amour éternel

 

Une larme sur la joue du Temps (Rabindranath Tagore)

C’est ainsi que ce grand poète indien qualifie le Taj Mahal.

Une belle histoire d’amour

Le Taj Mahal est lié à une histoire d’amour aussi célèbre que celles de Roméo et Juliette ou de Tristan et Iseut. Mais elle est historiquement vraie, même si la légende s’en est emparée au cours des siècles. Et cette fois, une vraie princesse et un vrai prince charmant tomberont amoureux, se marieront et auront beaucoup d’enfants : vraiment beaucoup !… Bien sûr, tout n’est pas rose dans leur vie, ponctuée d’intrigues de palais, de jalousies et d’assassinats. Mais quelle belle histoire !…

Écoutez plutôt :

La petite Arjumand Banu est la petite-fille de Ghiyas Beg, plus connu sous le nom de Itiam-ud-daulah. C’est pour lui qu’a été construit le joli mausolée appelé Baby Taj. En 1607, Arjumand a douze ans lorsqu’elle participe pour la première fois au Royal Meena Bazaar, dans les jardins du Fort Rouge d’Agra. Les dames de la cour y proposent à la vente sur leurs étals bijoux, soieries, épices ou fruits dans l’espoir d’attirer le regard d’un acheteur noble ou riche. Shah Jahan a quinze ans. C’est le prince héritier, fils de l’empereur moghol Jahangir. Il vient sur le Royal Meena Bazaar et remarque la très jeune fille dont il tombe amoureux : il lui achète tout son étal ! Leur complicité est immédiate et se muera en amour fou au fil des ans.

Dessin représentant Shah Jahan (document de Walters W700)

La raison d’État exige de lui qu’il épouse la nièce du Shah de Perse en 1608 et il leur faudra attendre encore 4 ans avant que Jahangir les autorise à se marier. De ce jour, leur amour ne cessera de grandir et les grossesses d’Arjumand de se succéder. Elle le suivit dans tous ses déplacements et plusieurs de ses enfants sont nés dans les camps militaires lorsque son mari bataillait pour mater des révoltes ou protéger les frontières de l’empire.

Shah Jahan et Mumtaz-i-Mahal

En 1627, l’empereur Jahangir meurt. Shah Jahan devient Grand Moghol et nomme son épouse Mumtaz-i-Mahal, l’Élue du Harem. De leur union, naîtront 14 enfants, le dernier en 1631 provoquant la mort de la jeune femme, âgée seulement de 36 ans et le désespoir de son mari. Celui-ci lui promit sur son lit de mort de ne pas se remarier et de l’aimer pour l’éternité.

Le Grand Moghol consacra alors sa vie  à réaliser, avec le concours des plus grands architectes et artistes du monde connu, un mausolée d’une beauté inégalée à la mémoire de sa femme adorée : 22 ans furent nécessaires à cette réalisation.

En 1657, le monument est achevé, mais cette année-là, leur troisième fils Aurangzeb s’empare du pouvoir et enferme Shah Jahan dans le Fort Rouge à Agra. De cette prison dorée, il peut contempler, de l’autre côté de la Yamuna, le Taj Mahal où repose Mumtaz-i-Mahal.

En 1666, à sa mort, le cénotaphe de Shah Jahan fut installé dans la salle funéraire près de celui de sa femme bien-aimée. Les vrais tombeaux sont dans la crypte, juste en-dessous.

Le Taj Mahal

Le Taj Mahal n’est pas seulement un symbole d’amour éternel. C’est aussi un chef-d’œuvre d’architecture.

L’entrée  est un portail de grès rouge orné de calligraphies et de motifs floraux en marbre.

Le portail monumental du Taj Mahal

Et lorsqu’on s’avance dans l’arc de la porte, le Taj apparaît, dans la légère brume du matin, au fond d’un joli jardin moghol avec de nombreux parterres de fleurs, des fontaines, des canaux, des jets d’eau et un grand bassin dans lequel se reflète l’édifice. On dirait un petit paradis.

Le Taj Mahal, dans la légère brume du matin

Les jets d’eau du Taj Mahal

Reflet du Taj Mahal dans le bassin

Tout blanc, proportions parfaites, formes idéales, équilibre, symétrie : tout cela provoque une impression de douceur, d’harmonie devant un spectacle enchanteur. Aussitôt, le visiteur veut immortaliser l’instant. Mais les photos ne sont jamais parfaites, alors on recommence. Et comme tous les touristes en font autant, il faut attendre son tour, pour enfin obtenir le bon angle.

Puis on observe plus en détail : de chaque côté du monument, une mosquée et un pavillon en grès rouge offrent une parfaite symétrie. Le mausolée lui-même est posé sur une plate-forme sur laquelle il semble flotter.

La mosquée à gauche du Taj

Le pavillon à sa droite

La façade s’ouvre sur un majestueux portail surmonté d’un arc et encadré par quatre arcs plus petits. Deux petits dômes et plusieurs petites colonnes guident l’œil vers le grand dôme central en forme de bulbe d’une élégance et d’une légèreté incroyables. Et aux quatre coins de la plate-forme, quatre minarets semblent tenir debout par un miracle d’équilibre, accentuant encore l’aspect aérien de l’édifice : quelle merveille !…

La façade

Parfaite symétrie du Taj Mahal

Vite ! Approchons-nous. En ce début de matinée, ce n’est pas encore la grande foule, mais nous avons hâte maintenant de voir de plus près et de pénétrer dans le mausolée. Il faut le contourner sur la droite pour l’admirer sous un autre angle et faire tout le tour en longeant la rivière Yamuna pour trouver l’entrée.

Façade de droite

Le Taj est construit sur les bords de la Yamuna

Les oiseaux de la Yamuna

En fait le monument est carré, ses quatre façades identiques et coupées aux angles le transformant en octogone. Chaque façade est ornée de bas-reliefs et de décors en pietra dura, technique d’incrustation de pierres précieuses ou semi-précieuses : lapis-lazuli, agates, cornaline ou malachite créent dans le marbre blanc des fleurs délicates ou de gracieux feuillages, ainsi que des versets du Coran.

Bas-reliefs représentant des fleurs

Claires-voies et pietra dura

Pietra dura : détail

L’entrée de la salle funéraire

Pénétrons à présent dans la chambre funéraire, couvre-chaussures obligatoires. Deux gardes veillent à ce que personne ne prenne de photos à l’intérieur et réclament une petite obole. L’instant est vraiment émouvant : les deux cénotaphes sont placés sous le dôme, celui de Mumtaz-i-Mahal au centre, celui de Shah Jahan à côté. Tous deux sont en marbre blanc incrusté de fleurs et de feuillages en pierres semi-précieuses. On dirait deux coffrets à bijoux. Ils sont protégés par un jali, sorte de paravent en marbre ciselé comme une dentelle et si fin qu’il en est presque translucide.

Les visiteurs font le tour de la salle en silence et je me surprends à penser qu’il est bien étrange de ressentir une telle émotion devant deux tombeaux vides puisque les corps de nos deux héros sont dans la crypte située en-dessous. Mais il règne ici une telle sérénité, une telle harmonie : on se sent bien…

Mais il faut bien sortir, pour profiter du jardin et faire une nouvelle moisson de photos.

Justement, le soleil s’est levé et le mausolée est à présent éclairé d’une façon différente.

Autre angle de vue

Le soleil éclaire à présent le mausolée, qui semble flotter sur sa plate-forme

Car la journée ne fait que commencer et nous avons rendez-vous au Baby Taj : mais ceci est une autre histoire…

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À suivre : Agra : Baby Taj et Fort Rouge