Une soirée au concert

Récemment, j’ai assisté à un concert de Graeme Allwright dans une petite ville de province. Ce néo-zélandais, à l’accent si particulier, qui composait et interprétait des chansons d’un style unique, m’avait marquée alors que je pouvais avoir une trentaine d’années. Alors je n’ai pas hésité lorsque j’ai appris qu’il se produisait dans la région.

Mais j’ai quand même reçu un choc lorsqu’il est apparu sur scène, courbé par les ans (il a maintenant 80 ans), soutenu par les deux artistes qui complétaient le programme. Sur le moment, j’ai pensé que j’avais perdu ma soirée et j’ai regretté de ne plus pouvoir garder la belle image que j’avais de lui.

Le début fut assez laborieux. La voix n’était plus aussi chaude et le dynamisme de ses musiciens venait à point nommé compenser la transparence de son timbre.

Mais peu à peu l’ambiance d’une salle tout acquise à ce vieux rebelle aux pieds nus et à la guitare magique sembla le ressusciter. Et quand il entama “Petites boîtes”, la chanson qui l’avait rendu célèbre et que tout le monde attendait, la salle entière chanta avec lui et il se passa alors quelque chose d’étonnant : devant nos yeux incrédules et ravis, il redevint le  baladin qui a fait tous les métiers et tenté toutes les expériences, qui s’est rebellé devant les injustices avec comme seule arme sa guitare.

Et pendant plus de deux heures, ce vieux monsieur a captivé, emporté, charmé un public enchanté. Nous avons tout retrouvé : la cruauté du monde de la boxe avec “Qui a tué Davy Moore ?”, le besoin irrépressible de prendre la route avec “Il faut que je m’en aille”, le côté comique avec “Ça, je ne l’ai jamais vu”, la tentation de l’ivresse comme solution à ses problèmes avec “Jolie bouteille, sacrée bouteille” et tant d’autres, anciennes ou plus récentes. Son jeu de guitare n’a pas pris une ride et quand, après deux rappels, il nous a quittés, épuisé mais heureux, personne n’avait envie de quitter la salle : nous venions de rencontrer, probablement pour la dernière fois, un mythe…

Pour ces moments magiques, merci, Monsieur Graeme Allwright !!!