Papotage d’automne

   Ce jour-là, un froid matin d’octobre, mon cartable au bras, je me rendais à l’école. Il avait gelé la nuit : l’air vif me coupait le visage. J’approchais de la grille lorsque je crus entendre chuchoter. Je me penchai et aperçus quelques feuilles mortes, en rond au pied du mur.

La conversation allait bon train. Amusée, je m’assis sur mon cartable et écoutai :

-Nous ne sommes que le 15 octobre et nous voilà déjà sur le chemin de la mort. Nées au printemps, nous séchons en automne. C’est bien court, une vie de feuille !

-De quoi te plains-tu, feuille de marronnier ? Ton arbre t’a laissée tomber doucement. Mes soeurs et moi, nous avons été chassées de notre platane par le vent glacial de cette nuit. Nos robes en sont encore fripées et nous avons failli mourir de froid.

-Elle a raison, renchérit sa voisine. La bise est bien cruelle. Non contente de nous séparer de notre arbre qui nous fait vivre de sa sève, elle s’est moquée de nous. Elle nous projetait contre les murs, nous faisait valser au-dessus des toits, tourbillonner puis remonter encore…Lorsqu’enfin nous avons atterri dans ce chemin, nous étions complètement étourdies. Ici, au moins, nous sommes à l’abri!

À ce moment, une petite feuille d’érable éleva la voix :

-Je me demande pourquoi le sort est si injuste avec nous. Dès qu’arrive la mauvaise saison, le vent nous martyrise, les passants nous piétinent, les autos nous écrasent. Personne ne songe à nous admirer. Pourtant, regardez nos robes, rousses, robes de flamme ou couleur d’or, nous sommes la parure des bois! Pourquoi les hommes, éblouis par notre beauté, ne songent-ils pas à nous protéger de l’hiver ?

À cet instant, un bruit me fit sursauter : c’était un de mes camarades qui s’avançait, faisant craquer les feuilles sous ses pas, les faisant sauter du bout de sa chaussure.

Je compris leur douleur. J’ai ramassé les quatre bavardes, je les ai séchées entre deux pages de journal, puis je les ai glissées dans mon livre de lecture.

Depuis, chaque fois que je l’ouvre, je contemple mes feuilles qui ont gardé leurs belles couleurs et je pense à l’hiver.

Pivert parmi les feuilles mortes

Mon écharpe de soie